MADONNA
Son dernier album, «Confessions on a Dance Floor», est sorti le 14 novembre, son single "Hung Up" est déjà numéro 1 mondial, ce qui prouve bien que la madone est bien plus qu'une chanteuse. C'est une mythologie moderne.

Peu importe la qualité musicale de sa prochaine galette : Madonna, c'est comme Danette, on se lève tous pour elle. Même ceux qui ne goûtent pas ses performances vocales. On ne saurait d'ailleurs la réduire à une voix, pas des plus extraordinaires, du reste, même si elle a toujours su s'entourer des meilleurs. Elle n'est pas davantage un simple monstre du marketing, même si elle en maîtrise toutes les ficelles au point d'être un modèle de développement durable dans l'industrie du show-business. Elle n'a jamais succombé aux modes. Elle est juste sur la crête de la vague dans un savant déséquilibre (la synergie des sprinters). Ne passe pas de Patrick Hernandez (Born to Be Alive) à Jean-Michel Basquiat qui veut. Le talent de Madonna, c'est de saisir le moment où la horde la rattrape pour filer, s'adjoignant quand il le faut les talents de demain : le compositeur Mirwais, le photographe David LaChapelle (réalisateur du film Rize, dont la troupe de danseurs apparaît dans le clip, Hung Up). Jouant la rareté (elle s'exprime peu) pour créer le désir, elle est la star absolue, y compris sur grand écran où elle a réhabilité le navet grand genre, avec plusieurs chefs-d'oeuvre à son actif, dont l'inoubliable A la dérive.
Un titre en forme d'oxymore pour celle qui est la psyché d'une époque, la nôtre, dont elle a compris tous les ressorts. A l'ère du sida et du sexe sous préservatif, elle a fait de la provocation son antienne, en déclinant toutes les figures du Kama-sutra, juste assez pour s'attirer les foudres vaticanes sans s'aliéner le marché américain. Tout cela se fait sans danger, à distance, sur scène, grand et petit écran ou en livre (Sex) : Madonna, c'est le safe sex par excellence, éros sans thanatos. A l'heure de la mondialisation qui inquiète, elle a parié sur l'intimité, invitant le monde entier dans son lit, qui, de celui d'une vierge déflorée, est devenu celui d'une mère de famille à qui ses enfants font des niches le dimanche matin, dans des draps ne sentant plus le stupre mais la lavande. Femme, elle est l'icône d'une génération contrôlant sa fertilité, bossant dur, conservant à 47 ans un corps en pleine forme, une énergie que ses pâles clones (comme Britney Spears) lui envient et un mari qui la comble. Version pop de Malraux, elle a capitalisé sur le spirituel, dans un syncrétisme allant des portes de Saint-Pierre aux mystères de la kabbale, via les ashrams indiens. Et quand le monde désespère, elle lui offre un album disco shooté à l'adrénaline. Elle n'est pas que l'écho de nos émotions collectives, elle leur donne le bon tempo. A tel point que chacun d'entre nous peut dire, comme Flaubert en son temps : «Madonna, c'est moi.»
Erotica
Gimme, gimme, gimme (a man after midnight) : la ligne mélodique (empruntée à Abba) du premier single de son prochain album remet les pendules à l'heure. A 47 ans, Madonna aime toujours autant ça. De ce côté-là, sa vie est une version live de Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander. Elle, elle l'a fait pour vous. Croquant du rebelle avec Sean Penn, son premier mari (alors pas assagi du tout, mais elle y gagne en crédibilité), grignotant en Warren Beatty un étalon de légende (s'inscrire dans la liste de conquêtes la plus étoffée de Hollywood, c'est glamour), goûtant du vrai rêve américain (John John Kennedy, dit-on, mais on ne prête qu'aux riches), s'offrant des incartades de tribade (avec Ingrid Casares, elle fut lipstick lesbian, les gays adorent), tâtant du Latino (Carlos Leon, le géniteur de sa fille, bâti comme un dépanneur) et de l'underground (Tony Ward), elle finit lovée contre son übersexuel de mari, Guy Ritchie, rencontré chez Sting (lui-même adepte du sexe tantrique), et inscrit sa fille au lycée français de Londres, qui porte le nom d'un homme qu'elle n'aura jamais (et pour cause) : Charles de Gaulle. Madonna, on l'aime aussi pour ça.
Vogue
Madonna n'est pas une bête de mode. Elle est la mode, exprimant les valeurs de l'époque. Flamboyante Material Girl des années 80, en blonde peroxydée Gaultier, elle opère avant tout le monde un retour à l'authentique dans les années 90 (période cow-girl). Aujourd'hui, elle alterne le glamour Versace (dont elle est l'image), le country chic (son côté «je joue à la duchesse de Devonshire»), le survêtement trois bandes et le justaucorps sur bottes Yves Saint Laurent : l'heure est à la liberté. Mais surtout elle a construit son mythe en érigeant l'accessoire en attribut esthétique. Comme le miroir distinguait Aphrodite et le bouclier, Athéna, la petite culotte rouge identifie sa période révolte de Lolita (valable jusqu'à Papa Don't Preach) ; la cravache, son moment maîtresse femme (la démocratisation du SM lui doit beaucoup) ; le crucifix, ses tentations de Marie-Madeleine ; et le petit bracelet rouge des kabbalistes d'aujourd'hui exprime sa spiritualité. Emmanuel Kant aurait adoré.
Si vous aimez, achetez l'album qui vous satisfera le mieux sur
(quand bien même, achetez les tous!)
Texte : GILLES DENIS, SÉBASTIEN LE FOL ET FRANÇOIS SIMON
Souce : LeFigaro.fr

Peu importe la qualité musicale de sa prochaine galette : Madonna, c'est comme Danette, on se lève tous pour elle. Même ceux qui ne goûtent pas ses performances vocales. On ne saurait d'ailleurs la réduire à une voix, pas des plus extraordinaires, du reste, même si elle a toujours su s'entourer des meilleurs. Elle n'est pas davantage un simple monstre du marketing, même si elle en maîtrise toutes les ficelles au point d'être un modèle de développement durable dans l'industrie du show-business. Elle n'a jamais succombé aux modes. Elle est juste sur la crête de la vague dans un savant déséquilibre (la synergie des sprinters). Ne passe pas de Patrick Hernandez (Born to Be Alive) à Jean-Michel Basquiat qui veut. Le talent de Madonna, c'est de saisir le moment où la horde la rattrape pour filer, s'adjoignant quand il le faut les talents de demain : le compositeur Mirwais, le photographe David LaChapelle (réalisateur du film Rize, dont la troupe de danseurs apparaît dans le clip, Hung Up). Jouant la rareté (elle s'exprime peu) pour créer le désir, elle est la star absolue, y compris sur grand écran où elle a réhabilité le navet grand genre, avec plusieurs chefs-d'oeuvre à son actif, dont l'inoubliable A la dérive.
Un titre en forme d'oxymore pour celle qui est la psyché d'une époque, la nôtre, dont elle a compris tous les ressorts. A l'ère du sida et du sexe sous préservatif, elle a fait de la provocation son antienne, en déclinant toutes les figures du Kama-sutra, juste assez pour s'attirer les foudres vaticanes sans s'aliéner le marché américain. Tout cela se fait sans danger, à distance, sur scène, grand et petit écran ou en livre (Sex) : Madonna, c'est le safe sex par excellence, éros sans thanatos. A l'heure de la mondialisation qui inquiète, elle a parié sur l'intimité, invitant le monde entier dans son lit, qui, de celui d'une vierge déflorée, est devenu celui d'une mère de famille à qui ses enfants font des niches le dimanche matin, dans des draps ne sentant plus le stupre mais la lavande. Femme, elle est l'icône d'une génération contrôlant sa fertilité, bossant dur, conservant à 47 ans un corps en pleine forme, une énergie que ses pâles clones (comme Britney Spears) lui envient et un mari qui la comble. Version pop de Malraux, elle a capitalisé sur le spirituel, dans un syncrétisme allant des portes de Saint-Pierre aux mystères de la kabbale, via les ashrams indiens. Et quand le monde désespère, elle lui offre un album disco shooté à l'adrénaline. Elle n'est pas que l'écho de nos émotions collectives, elle leur donne le bon tempo. A tel point que chacun d'entre nous peut dire, comme Flaubert en son temps : «Madonna, c'est moi.»
Erotica
Gimme, gimme, gimme (a man after midnight) : la ligne mélodique (empruntée à Abba) du premier single de son prochain album remet les pendules à l'heure. A 47 ans, Madonna aime toujours autant ça. De ce côté-là, sa vie est une version live de Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander. Elle, elle l'a fait pour vous. Croquant du rebelle avec Sean Penn, son premier mari (alors pas assagi du tout, mais elle y gagne en crédibilité), grignotant en Warren Beatty un étalon de légende (s'inscrire dans la liste de conquêtes la plus étoffée de Hollywood, c'est glamour), goûtant du vrai rêve américain (John John Kennedy, dit-on, mais on ne prête qu'aux riches), s'offrant des incartades de tribade (avec Ingrid Casares, elle fut lipstick lesbian, les gays adorent), tâtant du Latino (Carlos Leon, le géniteur de sa fille, bâti comme un dépanneur) et de l'underground (Tony Ward), elle finit lovée contre son übersexuel de mari, Guy Ritchie, rencontré chez Sting (lui-même adepte du sexe tantrique), et inscrit sa fille au lycée français de Londres, qui porte le nom d'un homme qu'elle n'aura jamais (et pour cause) : Charles de Gaulle. Madonna, on l'aime aussi pour ça.
Vogue
Madonna n'est pas une bête de mode. Elle est la mode, exprimant les valeurs de l'époque. Flamboyante Material Girl des années 80, en blonde peroxydée Gaultier, elle opère avant tout le monde un retour à l'authentique dans les années 90 (période cow-girl). Aujourd'hui, elle alterne le glamour Versace (dont elle est l'image), le country chic (son côté «je joue à la duchesse de Devonshire»), le survêtement trois bandes et le justaucorps sur bottes Yves Saint Laurent : l'heure est à la liberté. Mais surtout elle a construit son mythe en érigeant l'accessoire en attribut esthétique. Comme le miroir distinguait Aphrodite et le bouclier, Athéna, la petite culotte rouge identifie sa période révolte de Lolita (valable jusqu'à Papa Don't Preach) ; la cravache, son moment maîtresse femme (la démocratisation du SM lui doit beaucoup) ; le crucifix, ses tentations de Marie-Madeleine ; et le petit bracelet rouge des kabbalistes d'aujourd'hui exprime sa spiritualité. Emmanuel Kant aurait adoré.
Si vous aimez, achetez l'album qui vous satisfera le mieux sur
(quand bien même, achetez les tous!)Texte : GILLES DENIS, SÉBASTIEN LE FOL ET FRANÇOIS SIMON
Souce : LeFigaro.fr













