18 novembre 2005

MADONNA

Son dernier album, «Confessions on a Dance Floor», est sorti le 14 novembre, son single "Hung Up" est déjà numéro 1 mondial, ce qui prouve bien que la madone est bien plus qu'une chanteuse. C'est une mythologie moderne.

madonna hung up

Peu importe la qualité musicale de sa prochaine galette : Madonna, c'est comme Danette, on se lève tous pour elle. Même ceux qui ne goûtent pas ses performances vocales. On ne saurait d'ailleurs la réduire à une voix, pas des plus extraordinaires, du reste, même si elle a toujours su s'entourer des meilleurs. Elle n'est pas davantage un simple monstre du marketing, même si elle en maîtrise toutes les ficelles au point d'être un modèle de développement durable dans l'industrie du show-business. Elle n'a jamais succombé aux modes. Elle est juste sur la crête de la vague dans un savant déséquilibre (la synergie des sprinters). Ne passe pas de Patrick Hernandez (Born to Be Alive) à Jean-Michel Basquiat qui veut. Le talent de Madonna, c'est de saisir le moment où la horde la rattrape pour filer, s'adjoignant quand il le faut les talents de demain : le compositeur Mirwais, le photographe David LaChapelle (réalisateur du film Rize, dont la troupe de danseurs apparaît dans le clip, Hung Up). Jouant la rareté (elle s'exprime peu) pour créer le désir, elle est la star absolue, y compris sur grand écran où elle a réhabilité le navet grand genre, avec plusieurs chefs-d'oeuvre à son actif, dont l'inoubliable A la dérive.

Un titre en forme d'oxymore pour celle qui est la psyché d'une époque, la nôtre, dont elle a compris tous les ressorts. A l'ère du sida et du sexe sous préservatif, elle a fait de la provocation son antienne, en déclinant toutes les figures du Kama-sutra, juste assez pour s'attirer les foudres vaticanes sans s'aliéner le marché américain. Tout cela se fait sans danger, à distance, sur scène, grand et petit écran ou en livre (Sex) : Madonna, c'est le safe sex par excellence, éros sans thanatos. A l'heure de la mondialisation qui inquiète, elle a parié sur l'intimité, invitant le monde entier dans son lit, qui, de celui d'une vierge déflorée, est devenu celui d'une mère de famille à qui ses enfants font des niches le dimanche matin, dans des draps ne sentant plus le stupre mais la lavande. Femme, elle est l'icône d'une génération contrôlant sa fertilité, bossant dur, conservant à 47 ans un corps en pleine forme, une énergie que ses pâles clones (comme Britney Spears) lui envient et un mari qui la comble. Version pop de Malraux, elle a capitalisé sur le spirituel, dans un syncrétisme allant des portes de Saint-Pierre aux mystères de la kabbale, via les ashrams indiens. Et quand le monde désespère, elle lui offre un album disco shooté à l'adrénaline. Elle n'est pas que l'écho de nos émotions collectives, elle leur donne le bon tempo. A tel point que chacun d'entre nous peut dire, comme Flaubert en son temps : «Madonna, c'est moi.»

Erotica
Gimme, gimme, gimme (a man after midnight) : la ligne mélodique (empruntée à Abba) du premier single de son prochain album remet les pendules à l'heure. A 47 ans, Madonna aime toujours autant ça. De ce côté-là, sa vie est une version live de Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander. Elle, elle l'a fait pour vous. Croquant du rebelle avec Sean Penn, son premier mari (alors pas assagi du tout, mais elle y gagne en crédibilité), grignotant en Warren Beatty un étalon de légende (s'inscrire dans la liste de conquêtes la plus étoffée de Hollywood, c'est glamour), goûtant du vrai rêve américain (John John Kennedy, dit-on, mais on ne prête qu'aux riches), s'offrant des incartades de tribade (avec Ingrid Casares, elle fut lipstick lesbian, les gays adorent), tâtant du Latino (Carlos Leon, le géniteur de sa fille, bâti comme un dépanneur) et de l'underground (Tony Ward), elle finit lovée contre son übersexuel de mari, Guy Ritchie, rencontré chez Sting (lui-même adepte du sexe tantrique), et inscrit sa fille au lycée français de Londres, qui porte le nom d'un homme qu'elle n'aura jamais (et pour cause) : Charles de Gaulle. Madonna, on l'aime aussi pour ça.

Vogue
Madonna n'est pas une bête de mode. Elle est la mode, exprimant les valeurs de l'époque. Flamboyante Material Girl des années 80, en blonde peroxydée Gaultier, elle opère avant tout le monde un retour à l'authentique dans les années 90 (période cow-girl). Aujourd'hui, elle alterne le glamour Versace (dont elle est l'image), le country chic (son côté «je joue à la duchesse de Devonshire»), le survêtement trois bandes et le justaucorps sur bottes Yves Saint Laurent : l'heure est à la liberté. Mais surtout elle a construit son mythe en érigeant l'accessoire en attribut esthétique. Comme le miroir distinguait Aphrodite et le bouclier, Athéna, la petite culotte rouge identifie sa période révolte de Lolita (valable jusqu'à Papa Don't Preach) ; la cravache, son moment maîtresse femme (la démocratisation du SM lui doit beaucoup) ; le crucifix, ses tentations de Marie-Madeleine ; et le petit bracelet rouge des kabbalistes d'aujourd'hui exprime sa spiritualité. Emmanuel Kant aurait adoré.

Si vous aimez, achetez l'album qui vous satisfera le mieux sur (quand bien même, achetez les tous!)




Texte : GILLES DENIS, SÉBASTIEN LE FOL ET FRANÇOIS SIMON
Souce : LeFigaro.fr

06 novembre 2005

BRISA ROCHE

Repérée par le mythique label Blue Note pour ses talents de chanteuse de jazz, Brisa Roché, californienne et rockeuse dans l'âme a débarqué le 17 octobre avec son joli minois et sa guitare pour un premier album : "The Chase".



Enregistré à Paris avec Sébastien Martel (guitare) et Erik Truffaz (trompette) puis mixé à Brooklyn, "The Chase", le premier album de Brisa Roché a pour ambition de récréer le si caractéristique son "sixties rock californien".

La Brisa Day Roché : tout un personnage

Visage de fausse esquimaude, yeux verts en amande, sourcils noirs dramatiques, moue de poupée boudeuse et cheveux de jais, voici le portrait rapide d'une chanteuse très théâtrale dont le patronyme même est plus qu'évocateur. La Brisa Day Roché (un peu d'espagnol, d'anglais et de français), ça sonne comme " La Callas " ou " La môme piaf ", plus comme un surnom qu'un nom, que le temps aurait donné à une diva ou une actrice.
Justement la vie de Brisa, c'est un peu du cinéma. Entre James Bond (son père l'emmenait partout en voyages pour des affaires pas très claires au cours desquelles ils devaient se cacher) et road movie (née en Californie, elle a traîné sa guitare jusqu'au Nouveau Mexique, au Maghreb et en Europe), Brisa se forge une culture musicale solide mais éclectique et commence très tôt le chant dans des chorales d'enfants.
Au détour d'un parcours chaotique et romanesque, ses pas l'emmènent à Paris où elle se produit dans des clubs de jazz et interprète des standards. Pourquoi pas ? Sa présence sur scène est incontestable, sa voix égraine les notes maintes fois répétées, et l'incroyable se produit : elle est repérée par Blue Note (le label de jazz mythique le plus couru du moment) avec qui elle signe un contrat en 2005.

Entre Björk et PJ Harvey

Mais ne vous méprenez pas, Brisa est toujours là où on ne l'attends pas : The Chase n'a rien à voir avec un album de Jazz. Et la guitare " Destroyer " définitivement électrique qui trône sur la pochette de l'album convaincra ceux qui se seraient laissés duper par la mention "Blue Note".
Brisa renoue en effet avec sa compagne de toujours, la guitare : celle de ses groupes d'ado, celle qu'elle aime tant chez PJ Harvey et livre un album dont elle décrit elle-même l'ambiance comme "mystérieuse, généreuse, intimiste, cinématique, féminine, sixties, grandiose et rock'n'roll". Rien que ça !
C'est justement à PJ Harvey que l'on pense en écoutant le très beau "Baby shut your eyes". Le jeu de guitare et la voix de Brisa plus grave et désabusée qu'à l'accoutumée ne font aucun doute. Mais en s'arrêtant par "Mystery Man" c'est dans les vapeurs du Velvet Undergroud que notre oreille s'égare. Cinématique oui, dans cette reprise incongrue d'une chanson de notre Salvatore Adamo national, "Dans le vert de ses yeu" ; et enfantine et mutine (à la manière de Björk, l'elfe islandais) avec une voix presque fausse dans "Warned" et dans le très jazzy "Coco". A écouter aussi avec attention : "Dial me up" très sixties californien, "Little robot", un petit bijou de chanson et "Torchlight", morceaux bicéphale en deux parties mi-rock spatial mi-ballade folk.
Multiple, charismatique et mystérieuse, Brisa Roché n'a pas fini de nous étonner. Et franchement, vu comment sa vie s'est déroulée jusque là, on la verrait bien écrivain ou créatrice de mode à succès dans quelques années. To be continued…

Ecouter "Mystery Man" sur QuickTrack.


Ecouter et visionner l'audiorama de Brisa Roché réalisé par le web magazine L'Internaute, cliquez ici.

Acheter l'abum sur

Plus d'infos : Brisa-Roché.com

Source et texte : L'Internaute.com

05 novembre 2005

NOSFELL

Le Gollum de Klokochazia



A défaut de prénom clairement identifié (Layala, pour les intimes), Nosfell s'est sans conteste déjà fait un nom. Celui qui figure sur son premier album, et qu'il colporte en tournée, où le personnage en impose. Avis à tous ceux qui désespèrent d'entendre des choix artistiques originaux : Nosfell défend aussi un style et, tant qu'à faire, une langue ! De là à penser que l'individu se prend très au sérieux et pourrait même finir par agacer, à force de vouloir jouer systématiquement au plus malin Ñ cf. également une «bio» qui, comme si cela ne suffisait pas, entretient un bien fastidieux mystère autour de son parcours...

Quoi qu'il en soit, Nosfell n'est pas non plus une baudruche. Beau garçon élancé, il fait partie des lauréats de l'année 2005, avec un disque qui fouille tous les registres sans appréhension (rock, chanson, blues, folk, world...) et réussit, en treize chansons, à former un tout personnifié et cohérent. Pomaïe Klokochazia Balek se caractérise aussi par son jargon, le klokobetz (de la planète Klokochazia : là, ça commence sérieusement à ressembler à une communication sous acide des frères Bogdanoff), inventé par Nosfell, 118 ans après l'espéranto de Zamenhof et presque autant après le kobaïen de Christian Vander (from Magma).

Ce qui nous inspire deux réflexions : primo, c'est pas demain la veille qu'un concert de Nosfell (qui fait rimer sur scène guitare avec violoncelle) se terminera en karaoké géant au Stade de France ; secundo, le jour où le klabouschmurz sera entré dans le langage courant, chaque chanson vaudra un max de points au Scrabble. Tenez, rien que Slakaz Blehezim : 48 ­ encore qu'il manque un Z dans la boîte.
(par Gilles RENAULT pour le quotidien Libération du mardi 25 octobre 2005)